Birds singing in the sycamore tree.
Chaque jour, je remonte la longue Alexandra Street qui me mène d'un seul trait rectiligne jusqu'aux abords de la University of Reading ; depuis le pas de ma porte sur Fatherson Road, en traversant la large London Road toujours engluée dans son trafic automobile, et laissant derrière moi au cours de mon ascension Erleigh Road puis Addington Road. Il me faut ensuite longer un des terrains de sport où se pratiquent, selon les jours et les heures et les étudiants, le soccer ou le rugby. Encore quelques minutes de marche, je croise staff, students et ouvriers du bâtiment en goguette sur le campus pour encore quelques mois semble-t-il, dépasse sur ma gauche la Henley Business School et son confortable café où l'on me prend pour un Italien, puis pénètre le HumSS Building où je retrouve mes collègues. La route est courte ou longue ou indifférente, selon les jours, selon la météo, selon ma compagnie ; vingt petites minutes dans un sens puis dans l'autre, du mardi au vendredi et parfois le lundi. Chaque matin le froid se fait un peu plus mordant, à défaut d'être toujours sec ; chaque matin le parcours se révèle un peu plus à mon œil qui s'aguerrit ; les cours dévoilent leur secrets, les jardins se dévêtissent à mon approche — au coin de ma rue, des palissades masquant le travail de besogneux individus casqués et vêtus de gilets d'un jaune violent se sont ouvertes, exhibant une façade victorienne tâchée du ciment frais que ces hommes emploient pour des travaux menés jusqu'alors dans le plus grand secret, retranchés derrière le bleu des murs artificiels érigés entre eux et les curieux passants. Les oiseaux chantent peu depuis la cime des arbres plantés le long de la rue ; les autochtones que je croise ne discutent pas plus — le silence qui m'accompagne durant mes marches laisse le champ libre à l'exploration minutieuse, à la traque de chaque détail, à l'imprégnation de tout mon être par cet esprit singulier qui émane des pancartes, des publicités, de l'architecture. Une après-midi ensoleillée, alors que je redescendais en direction du confort cosy, quoique suranné, de ma chambre moquettée de rouge, j'ai assisté à une partie de polo dans l'allée du garage d'une des imposantes bâtisses en bordure : le quotidien anglais se livre par parcelles à mon observation attentive — la vie, doucement, se déshabille. Dans l'autre sens, c'est la Thames Valley University, juste au bout de la rue dans laquelle je vis ; et King's Road, longue avenue presque parallèle à London Road — les deux fusionnent à Cemetery Junction, le croisement du cimetière ; elle mène tout droit au centre-ville, ce cœur arythmique intense le samedi et désert les soirs de semaine ; et au-delà la Tamise, et la gare ; et encore au-delà, Londres. Je remonte souvent King's Road, en quête du breakfast tea qui accompagnera chaque matin mes crumpets, du pot de Nutella qui accompagnera chaque après-midi ma cuillère à soupe, ou d'une bouffée d'air frais, de compagnie, profitant du beau temps, les rares jours où ce privilège est accordé à la perfide Albion. Comme aujourd'hui.
I'm longing to linger till dawn, dear.
Il ne reste presque plus de place dans le Starbucks Coffee sur Broad Street — je poursuis jusqu'à Queen Victoria Street, fais un crochet par la boutique Is This Art ?, peaufinant les projets de décoration de mon petit intérieur bien nu pour l'instant, une fois que les premiers deniers, fruits de mon travail, auront été perçus ; et finalement pousse la porte de la boutique pareillement franchisée sur Union Street, deux ruelles plus loin. Dimanche après-midi, ciel bleu — celle-ci est aussi prévisiblement plein : tous les confortables fauteuils sont occupés, les petits guéridons qui servent d'axe à leur disposition circulaire recouverts de tasses et d'assiettes vides et pleines ; les simples tables et leurs chaises raides subissent la même affluence humaine et vaisselière. Je repère tout de même, à l'extrême limite de mon champ de vision, au cent quatre-vingtième degré de mon œillade panoramique une petite tablette surélevée, postée devant deux hauts tabourets de bois foncé dont le grincement se devine au premier regard ; tournant le dos au brouhaha de la salle comble, des couples enamourés laissant la grande tasse de cappuccino partagée refroidir en se grignotant gauchement du regard, des couples d'amis réprimant à peine les éclats de rire que provoquent inévitablement la narration par le menu des extravagances grivoises et éthyliques de la veille au soir ; faisant face à la rue, au flot irrégulier de promeneurs bravant cette fraîcheur quotidiennement plus envahissante à mesure que l'automne mûrit et s'épanouit, et au-delà les bookmakers de Ladbrokes. Un peu plus haut dans la rue, un punk débraillé, mégot au coin des lèvres, mèche de cheveux gras rescapée de la tondeuse sans sabot masquant l'œil gauche, s'est assis en tailleur devant une porte imposante et peu engageante, coiffée de la mention Select Education ; ses doigts parcourent avec apparente dextérité les deux claviers de son accordéon ; il serre l'instrument contre sa poitrine, le visage baissé, tournant parfois sa tête dans ma direction — le regard vide, absorbé par le morceau qu'il interprète sans interruption. Les badauds passent sans le remarquer ; un adolescent à l'accoutrement singulier lui jette une pièce et je vois les lèvres du musicien s'animer, indépendantes du reste de son corps qui poursuit imperturbablement sa danse avec l'instrument apprivoisé. De ce côté-ci de la vitrine je n'entends que le mélange harmonieux des conversations qui couvre presque le répertoire jazzy diffusé par les haut-parleurs discrètement accrochés aux coins du plafond. Louis Armstrong entame son célèbre What a wonderful world tandis qu'en face de moi le punk a repris son pantomime, sa romance sans paroles pour deux jeunes hipsters, la vingtaine, qui se sont arrêtés pour l'écouter. Un troisième vingtenaire, emmitouflé dans un épais manteau, la tête haute, le pas altier, le ventre ballonné de sa propre importance, ignore cordialement le traîne-savate alors qu'il remonte la rue de toute la hauteur que sa suffisance accorde à son dédain. A l'intérieur, la chanson se termine dans une ultime reprise de son titre ; au-dehors, les deux jeunes se sont assis à côté de l'accordéoniste ; je quitte ma chaise, range mon livre et ma plume et mon cahier, et vais déposer deux livres dans son bonnet. De son instrument émane le thème du film de Jean-Pierre Jeunet, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain.
Just hold me tight and tell me you'll miss me.
Je poursuis mes lectures avec l'avidité et le bonheur d'un nouveau-né à la littérature qui comble ses carences en se nourrissant de pages parfumées diversement selon les éditions — le renfermé d'un Penguin Books de 1968, le neuf d'un Garnier Flammarion de 2009, le recyclé d'un Faber & Faber de 2004. A chaque papier, son vieillissement propre, et son odeur qui à elle seule évoque des histoires, des phrases et des mots, renvoie à d'autres œuvres dans une sensuelle intertextualité ; un kaléidoscope de souvenirs contenus dans une seule fragrance — quelques atomes qui excitent les synapses et provoquent des mécanismes chimiques dans l'encéphale. Je tourne les pages une par une, reposant un volume, saisissant le suivant ; course effrénée riche en enseignements utiles ou destructeurs, assumant le risque de me prendre au jeu et de me perdre au cœur de cet univers théorique, de ce défi de papier lancé au lecteur, de cette fiction qui reste, en dernier lieu, d'une inaltérable altérité. A la fin de chaque histoire, les protagonistes disparaissent à jamais dans l'oubli — leur existence s'arrête avec le point final et d'autres prennent leur place avec la première majuscule de l'histoire suivante ; parfois certains sont rappelés pour un nouveau tour de piste — au lecteur de s'accrocher au bon wagon s'il ne veut pas s'effondrer avec l'intrigue précédente. Ce n'est pas un choix facile ; ce n'est pas le choix de tout le monde. Mon wagon m'emporte au-delà de la Manche vers de nouvelles aventures ; sur la banquette arrière il y a encore de place, et la porte restera ouverte.
Je ne saurais en dire autant du siège passager.
Music : Bach [Cello suite no.2] ~ Prélude
18 octobre 2009
09 octobre 2009
Dans l'arc-en-ciel
Don't get any big ideas.
La pluie tombe en rafale sur mes fenêtres — grands panneaux vitrés, en arc-de-cercle, cette alcôve de façade typiquement victorienne où je m'installe, l'oreille attentive, les muscles délassés par le martèlement presque musical des gouttes. La petite lucarne entrouverte, je me laisse bercer par le son parfumé qui émane du pavé battu par l'averse ; son odeur me transporte au-delà de mon canapé, le visage caressé par l'eau, les narines emplies de cette fraîcheur humide, un sourire béat accroché à mes lèvres. L'interlude trompeur de rayonnement solaire qui a accompagné mon installation s'est avéré de courte durée ; avec la rentrée des classes, le bleu ciel des vacances a cédé sa place à la grisaille des salles de classe — dans les yeux des étudiants qui se pressent à l'abri et peuplent les cafés agrémentant le campus, dans les yeux des professeurs qui réinvestissent leur bureau où s'amoncellent déjà listes mouvantes des effectifs, emplois du temps toujours incertains, tâches administratives chronophages. La rentrée française, même tardive, charrie souvent avec elle ce parfum doucereux de fin d'été, répandu par un astre diurne presque timide déjà mais qui enhardit encore les derniers résistants dévoilant des parcelles de peau bronzée. De ce côté-ci du Tunnel, le premier orage automnal a sonné le glas de la courte et belle saison — la coïncidence temporelle est presque parfaite — il pleut sur la ville comme il pleut, peut-être, sur les cœurs. Hier les éclaircies semblaient l'emporter une dernière fois ; assommé par la violence de l'attaque nuageuse, toutefois résolu à ne pas abandonner le champ de bataille, le soleil a fait une ultime apparition dont nous profitâmes, paresseusement attablés au-dehors du Dolche Vita Café, juste en face du HumSS Building où nous travaillons ; les étudiants anglais, pas dupes, attendaient à l'ombre la prochaine averse, témoignant presque dans leur attroupement la crainte collective d'être saisis, empoignés l'un après l'autre par l'impérieux besoin de laisser là lectures et assignments et de prendre le premier bus pour les bords de Tamise, le premier train pour Londres, le premier avion pour l'autre bout du monde. Le beau temps, ça n'existe pas, en période universitaire, voulaient-ils peut-être dire.
Tout est affaire de point de vue.
Now that you've found it, it's gone.
Les cours se déroulent par tranches de cinquante minutes environ, pour laisser le temps aux étudiants — et à leur professeur — de se rendre dans la salle qui leur a été attribuée par une administration hésitante, en cette première semaine, pour le cours suivant. Dix minutes — ce n'est pas de trop, lorsque l'on doit remonter au deuxième étage du HumSS pour photocopier une carte muette de l'Hexagone dont il manque deux exemplaires à cause d'un mauvais calcul ou d'une rectification de liste de dernière minute, puis redescendre au rez-de-chaussée et errer dans son dédale de couloirs en cherchant une salle naturellement sise au-delà de la cafétéria qu'il faut donc traverser, photocopies en main, d'un pas sonore et pressé et perdu, pour in fine se trouver face à un lieu vide des étudiants qui devaient s'y trouver, ceux-ci ayant eu l'idée saugrenue de ne pas se présenter à un cours préalablement supprimé de l'emploi du temps sans que mention en ait été faite au lecteur — eux, savaient. Et dix minutes, est-ce assez pour affronter ce changement de salle intempestif organisé le jour même du cours, dans un bâtiment caché derrière des échafaudages, aux escaliers inaccessibles à qui n'est pas l'heureux porteur d'un sésame magnétique, aux numérotations hasardeuses dont la logique appartient à ce seul département, à la construction tellement labyrinthique que l'on ne s'étonnerait pas de croiser, à côté des aquariums et des squelettes d'animaux reconstitués et de créatures empaillées exhibées sur des podiums, un véritable Minotaure ? Une fois encore, les étudiants étaient au courant. Il me faut leur demander quel est leur informateur — qui s'avère a posteriori d'une fiabilité infiniment supérieure aux ressources sybillines dont je dispose. Le département de Français peut se prévaloir, à propos de ressources, d'une jolie bibliothèque indépendante de l'importante library qui repose au centre du campus et couvre les divers enseignements proposés à Reading — Business, Urban Research, Agriculture, Applied Linguistics, et caetera. Deux des quatre murs de cette modeste pièce sont recouverts d'ouvrages de littérature française, traitant de la littérature française, traitant d'auteurs traitant de la littérature française, du sol au plafond ; jusqu'à mi-hauteur, les deux autres offrent quant à eux une sélection d'opera* historiques, grammaticaux, encyclopédiques, et même deux Robert 2008 ! Un rapide parcours des étagères rassure quant à son contenu — de l'extérieur, la France conserve le prestige de ses auteurs classiques, Corneille, Balzac, Hugo, Proust même. Descartes côtoie Sartre. Céline est tout de même là, caché entre l'inévitable Camus et l'inattendu François de Closets — D'un Chateau l'autre, un volume ancien, en parfait état, visiblement jamais ouvert. En face, sur l'autre mur, une vingtaine d'exemplaires d'Asterix chez les Bretons — outil pédagogique indispensable, hilarant s'il en est, entre les lignes duquel chacun peut lire sa propre expérience d'un pays décidément singulier.
You paint your smile and fill the holes.
Les étudiants, eux, ne changent que peu d'un pays à l'autre — on se retrouve tel que l'on était, il y a de ça peu d'années encore, et aussi ceux de nos camarades dont le souvenir n'est pas effacé ; le couple de filles passionnées du premier rang, qui boivent les paroles du professeur, notent scrupuleusement chaque rappel grammatical, chaque vocable nouveau, chaque détail digne d'attention, qui participent aux exercices avec enthousiasme, appliquant la consigne de parler uniquement en français avec une détermination qui encourage à houspiller la statue grecque nonchalamment assise juste derrière, un sourire charmeur constamment aux lèvres, immobile de peur que le moindre effort ne vienne ruiner sa pose étudiée au battement de cil près — la sprezzatura de Castiglione près de cinq siècles après la parution du Livre du courtisan ; et au dernier rang, plus visible encore que ses camarades, la potiche décolorée, dont le regard oscille entre le rebord de la fenêtre et les dalles du faux plafond à chaque question, inévitablement flanquée de son faire-valoir moins populaire et du bad boy attachant qui lui sert de petit ami. Un roman à lui seul, sous ses airs bravaches et son air un rien narquois — dans sa manière de provoquer l'adulte qui se tient en face de lui, d'éprouver les limites de l'autorité qu'il dégage, d'engager le combat de coq dès le premier cours pour définir qui sera le véritable maître du jeu au sein de la classe — non avec la tête, oui avec le cœur. Non sans attendrissement, j'ai découvert dans une classe de première année une étudiante souriante, dynamique, participant toujours, répondant à toutes les questions, parfois à la place de son camarade interrogé, et glissant ça et là un semblant de plaisanterie. Me voici déjà confronté à l'un des écueils du métier de professeur — l'identification, et avec elle, le paternalisme de bon aloi que l'on sent déjà naître en soi. Reste à trouver la bonne distance ; le plus dur est au-devant ; le meilleur également. L'excitation des premières préparations de cours va sans doute laisser place à l'indémêlable casse-tête des suivantes ; après des premiers pas hésitants, il faut adopter sa démarche, trouver le bon rythme — ni trop ample, ni trop raide — tout est affaire d'improvisation, en dernier ressort. Chaque heure dévoile la nouvelle scène d'une pièce en trois actes dont le texte, lacunaire et imparfait, indique au metteur en scène quelle orientation donner au jeu de ses acteurs — à lui d'en façonner le contenu. Faudra-t-il plaire au public ! La première semaine s'est écoulée sans anicroche — les vicissitudes de la vie de French assistant ont sans doute bien des surprises, encore, à me révéler ; c'est de pied ferme que je les attends.
Et vous aussi. J'ai de la place, ici, pour les nomades, les vagabonds, les cœurs perdus.
*Après vérification, il s'agit du pluriel du terme latin opus, operis qui signifie "ouvrage". Un medium, des media ; de même, un opus, des opera.
Music : Chopin [Nocturnes]
La pluie tombe en rafale sur mes fenêtres — grands panneaux vitrés, en arc-de-cercle, cette alcôve de façade typiquement victorienne où je m'installe, l'oreille attentive, les muscles délassés par le martèlement presque musical des gouttes. La petite lucarne entrouverte, je me laisse bercer par le son parfumé qui émane du pavé battu par l'averse ; son odeur me transporte au-delà de mon canapé, le visage caressé par l'eau, les narines emplies de cette fraîcheur humide, un sourire béat accroché à mes lèvres. L'interlude trompeur de rayonnement solaire qui a accompagné mon installation s'est avéré de courte durée ; avec la rentrée des classes, le bleu ciel des vacances a cédé sa place à la grisaille des salles de classe — dans les yeux des étudiants qui se pressent à l'abri et peuplent les cafés agrémentant le campus, dans les yeux des professeurs qui réinvestissent leur bureau où s'amoncellent déjà listes mouvantes des effectifs, emplois du temps toujours incertains, tâches administratives chronophages. La rentrée française, même tardive, charrie souvent avec elle ce parfum doucereux de fin d'été, répandu par un astre diurne presque timide déjà mais qui enhardit encore les derniers résistants dévoilant des parcelles de peau bronzée. De ce côté-ci du Tunnel, le premier orage automnal a sonné le glas de la courte et belle saison — la coïncidence temporelle est presque parfaite — il pleut sur la ville comme il pleut, peut-être, sur les cœurs. Hier les éclaircies semblaient l'emporter une dernière fois ; assommé par la violence de l'attaque nuageuse, toutefois résolu à ne pas abandonner le champ de bataille, le soleil a fait une ultime apparition dont nous profitâmes, paresseusement attablés au-dehors du Dolche Vita Café, juste en face du HumSS Building où nous travaillons ; les étudiants anglais, pas dupes, attendaient à l'ombre la prochaine averse, témoignant presque dans leur attroupement la crainte collective d'être saisis, empoignés l'un après l'autre par l'impérieux besoin de laisser là lectures et assignments et de prendre le premier bus pour les bords de Tamise, le premier train pour Londres, le premier avion pour l'autre bout du monde. Le beau temps, ça n'existe pas, en période universitaire, voulaient-ils peut-être dire.
Tout est affaire de point de vue.
Now that you've found it, it's gone.
Les cours se déroulent par tranches de cinquante minutes environ, pour laisser le temps aux étudiants — et à leur professeur — de se rendre dans la salle qui leur a été attribuée par une administration hésitante, en cette première semaine, pour le cours suivant. Dix minutes — ce n'est pas de trop, lorsque l'on doit remonter au deuxième étage du HumSS pour photocopier une carte muette de l'Hexagone dont il manque deux exemplaires à cause d'un mauvais calcul ou d'une rectification de liste de dernière minute, puis redescendre au rez-de-chaussée et errer dans son dédale de couloirs en cherchant une salle naturellement sise au-delà de la cafétéria qu'il faut donc traverser, photocopies en main, d'un pas sonore et pressé et perdu, pour in fine se trouver face à un lieu vide des étudiants qui devaient s'y trouver, ceux-ci ayant eu l'idée saugrenue de ne pas se présenter à un cours préalablement supprimé de l'emploi du temps sans que mention en ait été faite au lecteur — eux, savaient. Et dix minutes, est-ce assez pour affronter ce changement de salle intempestif organisé le jour même du cours, dans un bâtiment caché derrière des échafaudages, aux escaliers inaccessibles à qui n'est pas l'heureux porteur d'un sésame magnétique, aux numérotations hasardeuses dont la logique appartient à ce seul département, à la construction tellement labyrinthique que l'on ne s'étonnerait pas de croiser, à côté des aquariums et des squelettes d'animaux reconstitués et de créatures empaillées exhibées sur des podiums, un véritable Minotaure ? Une fois encore, les étudiants étaient au courant. Il me faut leur demander quel est leur informateur — qui s'avère a posteriori d'une fiabilité infiniment supérieure aux ressources sybillines dont je dispose. Le département de Français peut se prévaloir, à propos de ressources, d'une jolie bibliothèque indépendante de l'importante library qui repose au centre du campus et couvre les divers enseignements proposés à Reading — Business, Urban Research, Agriculture, Applied Linguistics, et caetera. Deux des quatre murs de cette modeste pièce sont recouverts d'ouvrages de littérature française, traitant de la littérature française, traitant d'auteurs traitant de la littérature française, du sol au plafond ; jusqu'à mi-hauteur, les deux autres offrent quant à eux une sélection d'opera* historiques, grammaticaux, encyclopédiques, et même deux Robert 2008 ! Un rapide parcours des étagères rassure quant à son contenu — de l'extérieur, la France conserve le prestige de ses auteurs classiques, Corneille, Balzac, Hugo, Proust même. Descartes côtoie Sartre. Céline est tout de même là, caché entre l'inévitable Camus et l'inattendu François de Closets — D'un Chateau l'autre, un volume ancien, en parfait état, visiblement jamais ouvert. En face, sur l'autre mur, une vingtaine d'exemplaires d'Asterix chez les Bretons — outil pédagogique indispensable, hilarant s'il en est, entre les lignes duquel chacun peut lire sa propre expérience d'un pays décidément singulier.
You paint your smile and fill the holes.
Les étudiants, eux, ne changent que peu d'un pays à l'autre — on se retrouve tel que l'on était, il y a de ça peu d'années encore, et aussi ceux de nos camarades dont le souvenir n'est pas effacé ; le couple de filles passionnées du premier rang, qui boivent les paroles du professeur, notent scrupuleusement chaque rappel grammatical, chaque vocable nouveau, chaque détail digne d'attention, qui participent aux exercices avec enthousiasme, appliquant la consigne de parler uniquement en français avec une détermination qui encourage à houspiller la statue grecque nonchalamment assise juste derrière, un sourire charmeur constamment aux lèvres, immobile de peur que le moindre effort ne vienne ruiner sa pose étudiée au battement de cil près — la sprezzatura de Castiglione près de cinq siècles après la parution du Livre du courtisan ; et au dernier rang, plus visible encore que ses camarades, la potiche décolorée, dont le regard oscille entre le rebord de la fenêtre et les dalles du faux plafond à chaque question, inévitablement flanquée de son faire-valoir moins populaire et du bad boy attachant qui lui sert de petit ami. Un roman à lui seul, sous ses airs bravaches et son air un rien narquois — dans sa manière de provoquer l'adulte qui se tient en face de lui, d'éprouver les limites de l'autorité qu'il dégage, d'engager le combat de coq dès le premier cours pour définir qui sera le véritable maître du jeu au sein de la classe — non avec la tête, oui avec le cœur. Non sans attendrissement, j'ai découvert dans une classe de première année une étudiante souriante, dynamique, participant toujours, répondant à toutes les questions, parfois à la place de son camarade interrogé, et glissant ça et là un semblant de plaisanterie. Me voici déjà confronté à l'un des écueils du métier de professeur — l'identification, et avec elle, le paternalisme de bon aloi que l'on sent déjà naître en soi. Reste à trouver la bonne distance ; le plus dur est au-devant ; le meilleur également. L'excitation des premières préparations de cours va sans doute laisser place à l'indémêlable casse-tête des suivantes ; après des premiers pas hésitants, il faut adopter sa démarche, trouver le bon rythme — ni trop ample, ni trop raide — tout est affaire d'improvisation, en dernier ressort. Chaque heure dévoile la nouvelle scène d'une pièce en trois actes dont le texte, lacunaire et imparfait, indique au metteur en scène quelle orientation donner au jeu de ses acteurs — à lui d'en façonner le contenu. Faudra-t-il plaire au public ! La première semaine s'est écoulée sans anicroche — les vicissitudes de la vie de French assistant ont sans doute bien des surprises, encore, à me révéler ; c'est de pied ferme que je les attends.
Et vous aussi. J'ai de la place, ici, pour les nomades, les vagabonds, les cœurs perdus.
*Après vérification, il s'agit du pluriel du terme latin opus, operis qui signifie "ouvrage". Un medium, des media ; de même, un opus, des opera.
Music : Chopin [Nocturnes]
03 octobre 2009
A day of nights
A smile that's bigger than his mouth.
Tic, toc.
Le son des talons de mes chaussures neuves qui résonnent sur le sol du couloir du deuxième étage du HUMSS Building au cœur du campus universitaire de Whiteknights au sud-est de Reading. Aux quatre lecteurs est attribué un minuscule bureau, Room 226, ainsi qu'il est écrit sur les clés qui nous ont été solennellement remises par le professeur assurant nos trois jours de formation rapide avant la plongée dans le grand bain. Dans ce bureau (la pièce) trônent fièrement deux bureaux (le meuble), adossés au mur de droite, et sur la gauche deux tables qui font le compte : un-deux-trois-quatre, Clotilde-Claire-Solenne-Etienne. Deux ordinateurs antédiluviens rassurent quant à l'équipement général de l'université — le dépaysement est relativisé. Des armoires alourdies de volumes en tout genre, Roget's Thesaurus, Robert & Collins, même un Larousse — et le travail de nos prédécesseurs, plus ou moins soigneusement compilé dans des classeurs, dossiers, tas informes sans doute jamais consultés. Des archives parfois datées, remontant jusqu'à 1987 — peut-être plus loin ; qui sait quelle antiquité nous exhumeront, mes collègues et moi-même, au cours de notre réaménagement progressif de cet espace exigu ; qui sait également quelle sera notre contribution à ces travaux — dont le sort prévisible prépare leur auteur à l'anonymat dans lequel ses géniales publications de thésard sur une féconde approche transesthétique des nouvelles de Théophile Gautier, invariablement, demeureront. Dans ce réduit glacial, pas de radiateur mais une bouilloire en état de marche — un sens des priorités qui frôle la caricature. Le campus de l'Université ressemble bien à l'idée que l'on se fait — qui nous est faite — du campus anglo-saxon ; beaucoup de vieux bâtiments à l'allure un rien romanesque ; un nombre incalculable de cafés où l'on trouve en particulier du thé — mais également beaucoup de fair-trade coffee — c'est visiblement la grande mode ; un département de Sciences Humaines plus ou moins bien entretenu jouxtant une luxueuse Business School flambant neuve — là encore, on (re)trouve rapidement ses marques. Et au milieu de cet ensemble architectural dépareillé, une immense pelouse où l'on se laisse aller à flâner par beau temps ; de l'autre côté, un lac dont on peut faire le tour à pied, tranquillement, au rythme des cygnes qui s'y baignent — plusieurs fois je me suis installé face à cette étendue d'eau, étendu dans l'herbe, un livre à la main ; en quête de la quiétude que la ville ne m'offrait qu'en bord de Tamise, bercé par le bruissement du vent qui caresse les branches des arbres omniprésents. Le lieu est visiblement prisé par le voisinage — les étudiants sont loin d'être les seuls à jouir de cet incongru coin de verdure au cœur du quartier résidentiel qui entoure le campus.
Pieces of my skin
J'ai poussé la première porte d'un pub anglais depuis mon arrivée ; mercredi soir, précisément ; à la fin de l'ultime jour de préparation à l'enseignement, nous nous sommes rendus ensemble en ville pour y prendre un verre. The Bugle. Le lieu ne manquait pas de charme : écriteau traditionnel, encadrement de porte et bar et table en bois épais, bière bon marché — avec la joie, de ce côté-ci de la Manche également, de ne pas avoir à tailler sa route à travers un opaque nuage de fumée. Le barman nous a demandé notre carte d'identité — c'est une manie ; mais il risque trois cents livres d'amende, nous a-t-il précisé ; alors il vérifie. Commande passée, dont deux pintes de Guinness — le pilier invariablement accoudé au bar m'interpelle. « Which country you from ? » « France. » « You French and you drinkin' Guinness ? » « Yes. » « Ve'y good ! » Après un éclat de rire, il nous demande si l'on en trouve en France. Clotilde et moi acquiesçons — à son grand étonnement. Il poursuit alors son galimatias enivré au sein duquel nous démêlons, non sans difficulté, quelque chose comme "Nous buvons vos vins, et vous buvez notre bière ! Cheers !" Puis ce jovial hurluberlu me tendit une main que je serrai en souriant. Les Frenchies s'intègrent à petits pas ; en attendant, ils ne passent pas inaperçus.
Wave goodbye again.
Déjà plus d'une semaine que j'ai posé le pied sur la terre anglaise ; déjà plus d'une semaine que j'ai quitté le peu de choses qui me retenaient encore en France pour me lancer dans cette aventure presque londonienne en version originale. Le navire faisait naufrage — dépouillé de ses ornements les plus chers, misérable barque abandonnée de son équipage, les planches disjointes ne retenaient plus l'eau qui s'engouffrait par litres entiers à fond de cale, promettant cet édifice pourrissant l'avenir d'un refuge à coraux. Sur la berge, de l'autre côté du bras de mer qui fut le témoin de cette perdition, je fais le compte de ce que j'ai pu en sauver — Robinson sur son île qui repêche les débris — et c'est toujours trop peu. Je ne peux pas blâmer les vents et la mer démontée — le gouvernail qui échappe au capitaine — les voiles qui se gonflent bien au-delà du raisonnable ; je fais face à la plèbe qui peuple mon cœur et appelle de ses vœux le châtiment ; et le silence des rescapés me terrifie. Mais il n'appartient à personne d'autre de les faire parler — et de chérir celles et ceux qui me restent. Si je vous apprivoise, vous serez pour moi uniques au monde. Alors soyons patients. J'y gagnerai, à cause de la couleur du blé. Et de la saveur de tes cupcakes.
The crimes that make the time go fast.
Les secondes filent à ma montre, à mesure que la trotteuse tourne et tourne encore sur elle-même, laissant échapper le temps. Lundi, déjà, les cours commencent ; lundi, déjà, j'endosse le costume du professeur, je traverse la barrière, je suis un enseignant parmi les enseignants — j'échange mes impressions sur les étudiants, j'aide une autre lectrice pour la correction d'une copie, je partage mes trouvailles documentaires en vue d'intéresser mes classes. La première secousse m'est venue cet été, lorsque j'ai reçu un email de la responsable des lecteurs dont l'en-tête était ainsi formulé : "Cher collègues," — un collègue, voila ce que j'étais en passe de devenir, de ce côté-ci de la réalité. Les bras chargés de documents, la tête chargée d'idées, le cœur chargé d'espoirs, je vais au-devant du défi — le dévisage sans frémissement — l'embrasse sans appréhension. Students, here I come.
Tic, toc.
Tic, toc.
Le son des talons de mes chaussures neuves qui résonnent sur le sol du couloir du deuxième étage du HUMSS Building au cœur du campus universitaire de Whiteknights au sud-est de Reading. Aux quatre lecteurs est attribué un minuscule bureau, Room 226, ainsi qu'il est écrit sur les clés qui nous ont été solennellement remises par le professeur assurant nos trois jours de formation rapide avant la plongée dans le grand bain. Dans ce bureau (la pièce) trônent fièrement deux bureaux (le meuble), adossés au mur de droite, et sur la gauche deux tables qui font le compte : un-deux-trois-quatre, Clotilde-Claire-Solenne-Etienne. Deux ordinateurs antédiluviens rassurent quant à l'équipement général de l'université — le dépaysement est relativisé. Des armoires alourdies de volumes en tout genre, Roget's Thesaurus, Robert & Collins, même un Larousse — et le travail de nos prédécesseurs, plus ou moins soigneusement compilé dans des classeurs, dossiers, tas informes sans doute jamais consultés. Des archives parfois datées, remontant jusqu'à 1987 — peut-être plus loin ; qui sait quelle antiquité nous exhumeront, mes collègues et moi-même, au cours de notre réaménagement progressif de cet espace exigu ; qui sait également quelle sera notre contribution à ces travaux — dont le sort prévisible prépare leur auteur à l'anonymat dans lequel ses géniales publications de thésard sur une féconde approche transesthétique des nouvelles de Théophile Gautier, invariablement, demeureront. Dans ce réduit glacial, pas de radiateur mais une bouilloire en état de marche — un sens des priorités qui frôle la caricature. Le campus de l'Université ressemble bien à l'idée que l'on se fait — qui nous est faite — du campus anglo-saxon ; beaucoup de vieux bâtiments à l'allure un rien romanesque ; un nombre incalculable de cafés où l'on trouve en particulier du thé — mais également beaucoup de fair-trade coffee — c'est visiblement la grande mode ; un département de Sciences Humaines plus ou moins bien entretenu jouxtant une luxueuse Business School flambant neuve — là encore, on (re)trouve rapidement ses marques. Et au milieu de cet ensemble architectural dépareillé, une immense pelouse où l'on se laisse aller à flâner par beau temps ; de l'autre côté, un lac dont on peut faire le tour à pied, tranquillement, au rythme des cygnes qui s'y baignent — plusieurs fois je me suis installé face à cette étendue d'eau, étendu dans l'herbe, un livre à la main ; en quête de la quiétude que la ville ne m'offrait qu'en bord de Tamise, bercé par le bruissement du vent qui caresse les branches des arbres omniprésents. Le lieu est visiblement prisé par le voisinage — les étudiants sont loin d'être les seuls à jouir de cet incongru coin de verdure au cœur du quartier résidentiel qui entoure le campus.
Pieces of my skin
J'ai poussé la première porte d'un pub anglais depuis mon arrivée ; mercredi soir, précisément ; à la fin de l'ultime jour de préparation à l'enseignement, nous nous sommes rendus ensemble en ville pour y prendre un verre. The Bugle. Le lieu ne manquait pas de charme : écriteau traditionnel, encadrement de porte et bar et table en bois épais, bière bon marché — avec la joie, de ce côté-ci de la Manche également, de ne pas avoir à tailler sa route à travers un opaque nuage de fumée. Le barman nous a demandé notre carte d'identité — c'est une manie ; mais il risque trois cents livres d'amende, nous a-t-il précisé ; alors il vérifie. Commande passée, dont deux pintes de Guinness — le pilier invariablement accoudé au bar m'interpelle. « Which country you from ? » « France. » « You French and you drinkin' Guinness ? » « Yes. » « Ve'y good ! » Après un éclat de rire, il nous demande si l'on en trouve en France. Clotilde et moi acquiesçons — à son grand étonnement. Il poursuit alors son galimatias enivré au sein duquel nous démêlons, non sans difficulté, quelque chose comme "Nous buvons vos vins, et vous buvez notre bière ! Cheers !" Puis ce jovial hurluberlu me tendit une main que je serrai en souriant. Les Frenchies s'intègrent à petits pas ; en attendant, ils ne passent pas inaperçus.
Wave goodbye again.
Déjà plus d'une semaine que j'ai posé le pied sur la terre anglaise ; déjà plus d'une semaine que j'ai quitté le peu de choses qui me retenaient encore en France pour me lancer dans cette aventure presque londonienne en version originale. Le navire faisait naufrage — dépouillé de ses ornements les plus chers, misérable barque abandonnée de son équipage, les planches disjointes ne retenaient plus l'eau qui s'engouffrait par litres entiers à fond de cale, promettant cet édifice pourrissant l'avenir d'un refuge à coraux. Sur la berge, de l'autre côté du bras de mer qui fut le témoin de cette perdition, je fais le compte de ce que j'ai pu en sauver — Robinson sur son île qui repêche les débris — et c'est toujours trop peu. Je ne peux pas blâmer les vents et la mer démontée — le gouvernail qui échappe au capitaine — les voiles qui se gonflent bien au-delà du raisonnable ; je fais face à la plèbe qui peuple mon cœur et appelle de ses vœux le châtiment ; et le silence des rescapés me terrifie. Mais il n'appartient à personne d'autre de les faire parler — et de chérir celles et ceux qui me restent. Si je vous apprivoise, vous serez pour moi uniques au monde. Alors soyons patients. J'y gagnerai, à cause de la couleur du blé. Et de la saveur de tes cupcakes.
The crimes that make the time go fast.
Les secondes filent à ma montre, à mesure que la trotteuse tourne et tourne encore sur elle-même, laissant échapper le temps. Lundi, déjà, les cours commencent ; lundi, déjà, j'endosse le costume du professeur, je traverse la barrière, je suis un enseignant parmi les enseignants — j'échange mes impressions sur les étudiants, j'aide une autre lectrice pour la correction d'une copie, je partage mes trouvailles documentaires en vue d'intéresser mes classes. La première secousse m'est venue cet été, lorsque j'ai reçu un email de la responsable des lecteurs dont l'en-tête était ainsi formulé : "Cher collègues," — un collègue, voila ce que j'étais en passe de devenir, de ce côté-ci de la réalité. Les bras chargés de documents, la tête chargée d'idées, le cœur chargé d'espoirs, je vais au-devant du défi — le dévisage sans frémissement — l'embrasse sans appréhension. Students, here I come.
Tic, toc.
J'ajoute que le 2 octobre dernier — hier— mon frère fêtait son dix-neuvième anniversaire. Je lui souhaite excellent.
J'ajoute également que j'ai publié en ligne une courte nouvelle, disponible dans mes refuges cités en marge de ce billet.
J'ajoute également que j'ai publié en ligne une courte nouvelle, disponible dans mes refuges cités en marge de ce billet.
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